Titre du cours : « Fabrique, métamorphose et déconstruction d’un mythe littéraire : enquête sur Hamlet »

William SHAKESPEARE, Hamlet, trad. de l'anglais par Jean-Michel Déprats, préface et notes de Gisèle Venet, Paris, Gallimard, coll. « Folio. Théâtre » n° 86, 2008.
Jules LAFORGUE et Carmelo BENE, Hamlet & suite, Senouillac, Vagabonde, 2013. ISBN 978-2-919067-05-3. (On trouvera dans ce petit volume Hamlet ou les suites de la piété filiale de Laforgue et Hamlet suite de Bene).
Bernard-Marie KOLTES, Le Jour des meurtres dans l’histoire d’Hamlet [1974], Paris, Les Éditions de Minuit, 2006, ISBN : 9782707319678.
Pierre BAYARD, Enquête sur Hamlet. Le dialogue de sourds [2002], Paris, Éditions de Minuit, coll. « Double », 2014. ISBN : 9782707323354.

La tragédie de Shakespeare, créée au tournant des XVIe et XVIIe siècles, est devenue au fil des siècles un mythe littéraire complexe dont nous souhaiterions ici examiner la « fabrique », en revenant sur l’histoire de sa réception critique et créatrice, avant de nous intéresser à ses métamorphoses, de suites en suites, de genres nobles en « mauvais » genres, de continuations sérieuses en parodies et reprises iconoclastes. Si un mythe vit de ses variations, le mythe d’Hamlet est certainement parmi les plus vivants et les plus stimulants qui soient puisqu’il ne cesse de se renouveler. Nous nous focaliserons, après avoir étudié les invariants du mythe qui se fixent dans la pièce élisabéthaine – laquelle devra être lue avec beaucoup d’attention –, sur quelques textes modernes et contemporains, relevant de genres littéraires très différents (la nouvelle de Laforgue, la réduction dramatique de Koltès, la version-collage de Bene, l’essai critique en forme de contre-enquête policière de Bayard) qui témoignent de la fascination exercée par la figure d’Hamlet sur bien des écrivains, mais aussi du plaisir que les auteurs retenus ont eu à déconstruire le mythe, pour se « déshaméltiser intégralement » peut-être – selon la formule de Bene qui n’y est jamais parvenu –, mais surtout pour jouer avec l’histoire et les méditations du prince danois, les faire jouer et en explorer-révéler les possibles.
Moment de crise du roman, le XXe siècle est aussi celui de ses réinventions. Les trois œuvres au programme explorent en particulier les jeux et les faux-semblants de récits présentés sous la forme d’une confession - mais une confession souvent ironique, où le Je se met en avant pour mieux se dérober. Avec Mon plus secret conseil (1923), Larbaud joue subtilement avec le monologue intérieur, tandis que Le Bavard de Des Forêts (1946) présente un narrateur s’enivrant de sa propre parole, voire de ses propres mensonges, dans une posture qui n’est pas sans rappeler celle du héros de La Chute, dernier roman publié par Camus (1956). Dans ces confessions fictives, la parole du narrateur se fait alors provocation du lecteur.